redoublement:bienfait ou catastrophe?

Le redoublement : bienfait ou catastrophe?

 

Certaines commissions scolaires l’ont complètement banni, d’autres continuent à le recommander. Que penser du redoublement? Avec la réforme, on tente d’éviter tout simplement d’y être confronté.

 

Le redoublement consiste à faire recommencer une année à un élève qui éprouve des difficultés scolaires. Cette pratique a une longue histoire. D'une génération à l'autre, les spécialistes hésitent entre recommander la reprise pour ceux qui ne maîtrisent pas les notions et suggérer le passage en classe supérieure pour éviter les effets négatifs liés au redoublement.

 

Reprendre une année scolaire a pour but de favoriser chez l'élève l’acquisition des notions non maîtrisées, de lui faire vivre des succès en respectant son rythme d'apprentissage et d'acquérir plus de maturité. Ainsi, les partisans du redoublement ne le considèrent pas forcément comme un échec ou une catastrophe. Au contraire, ils y voient une chance supplémentaire pour le jeune de refaire ce qui n’a pas été compris, de repartir sur de nouvelles bases, souvent avec de nouveaux enseignants, et de mieux s’adapter.

 

Cependant, au cours des dernières années, le redoublement a fait l'objet de plusieurs études, tant au Canada et aux États-Unis que dans les pays européens. Des chercheurs ont mis en lumière l'incidence négative de la pratique sur les plans scolaire et personnel, tant pour l'enfant que pour sa famille. Certains résultats de recherches portent à croire qu’il existerait un lien entre le redoublement d'une année au primaire et le décrochage scolaire.

« Au bout du compte, trop souvent, on note chez un élève qui recommence son année peu d'amélioration du rendement scolaire, une baisse d'intérêt pour l'école, pas d'effet sur la maturation, une perte de l'estime de soi et de la motivation, un grand stress, une moins bonne adaptation sociale et plus de difficulté à se faire des amis. Les jeunes doubleurs, en plus d'éprouver des difficultés qui hypothèquent leur vécu scolaire, partent avec des longueurs de retard sur leurs compagnons. »

Dans la balance pédagogique, il semble évident que les inconvénients relatifs au redoublement sont bien plus nombreux que les avantages. Le redoublement peut avoir des conséquences graves sur la vie affective et sociale des jeunes. D'ailleurs, la récente réforme de l'éducation veut éviter le redoublement, notamment en instituant trois cycles d'études au primaire.

Alors, comment venir en aide aux élèves qui éprouvent des retards ou des problèmes d'organisation à l'école et qui connaissent des échecs à répétition?

Parmi les solutions envisagées, notons les classes moins nombreuses, l'enseignement individualisé, les initiatives de tutorat par les pairs, les programmes de récupération, les techniques de motivation, l'extension des heures de classe et les cours durant l'été.

Dans l'ensemble, bien que le redoublement soit de plus en plus remis en question, aucune solution miracle n'existe pour le remplacer. Une chose est certaine : il est utile de faire de la prévention et du dépistage afin d'intervenir avant que l'élève n'en arrive à redoubler. Il faut agir sur plusieurs facteurs à la fois et le faire en concertation, au sein d'une équipe qui implique tant le personnel de l'école que les parents et le jeune lui-même.

                                                                                          Vous avez dit « redoublement » ?

Un professeur d’une université américaine donne un cours de parapsychologie. Au début, il teste ses étudiants pour évaluer leur croyance dans les phénomènes parapsychologiques. Quatre étudiants sur cinq disent y croire. Le professeur se consacre ensuite à exposer à ses étudiants des phénomènes paranormaux : il plie des cuillers par la pensée, devine les cartes de jeu sélectionnées, prédit l’avenir, etc. Après la pause, il leur démontre les trucs qu’il a utilisés pour leur faire croire à ces phénomènes, puis il les teste à nouveau sur leurs croyances. Plus de 80 % de ses étudiants y croient toujours. La démonstration de la supercherie n’a pas changé leur façon de voir les choses. L’évidence n’a en rien changé leur croyance.

Il y a environ 500 ans, tout le monde croyait que le Soleil tournait autour de la Terre. C’était la vérité ! Un jour, un illuminé affirma que c’était plutôt la Terre qui tournait autour du Soleil. Stupéfaction, incrédulité et méfiance firent leur chemin dans la populace. Comment pouvait-on ajouter foi à de telles inepties ? Plusieurs décennies se sont écoulées avant que tous, sans exception, acceptent l’évidence : la Terre évolue bien en ellipse autour du Soleil.

Des dizaines d’années ont dû s’écouler avant que se produise ce que les historiens des sciences appellent un changement de paradigme : un changement complet dans la façon de se représenter les choses et qui implique une nouvelle façon de formuler les problèmes ainsi que les solutions à ces problèmes. Ce genre de changement prend beaucoup de temps à se produire. Comme les exemples le démontrent, les croyances ont la vie dure, et souvent, l’évidence n’y change rien.

C’est à un changement de paradigme que nous convie « la réforme de l’éducation ». Rien de moins. Le changement est à ce point important qu’il suppose une rupture nette avec le passé 1. La suppression du redoublement fait partie de ce changement. Mais, comme dans le cas du cours de parapsychologie, les croyances ont la vie dure, et souvent, l’évidence n’y change rien.

Dans le nouveau paradigme, le redoublement n’a plus de sens. Les nouvelles façons de formuler les problèmes font en sorte que le redoublement n’est plus une solution à ces problèmes. Les solutions de remplacement au redoublement n’ont guère plus de sens. Cependant, vouloir supprimer le redoublement sans changer ses conceptions de l’apprentissage ne donne pas grand-chose. Cela mène à exiger des solutions de remplacement qui ne feront pas plus l’affaire. Il faut plutôt changer sa façon de voir l’apprentissage et sa façon d’enseigner.

Un changement d’envergure demande du temps. On ne change pas sa façon de voir et de faire du jour au lendemain. Aborder la question sous l’angle de la différenciation pédagogique apparaît toutefois prometteur. Des enseignants ont déjà amorcé ce changement dans leurs conceptions et dans leurs pratiques, en se plaçant dans un contexte de développement professionnel continu. Ils sont à élaborer des situations d’apprentissage qui s’appuient sur les nouvelles conceptions de l’apprentissage et qui permettent à la plupart des élèves d’y trouver leur compte. La question du redoublement les préoccupe déjà beaucoup moins.


 

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Commentaires (1)

1. 26/04/2011

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