L'éducation nouvelle est un courant pédagogique qui défend le principe d'une participation active des individus à leur propre formation. Elle s'oppose par définition à
L'éducation nouvelle s'appuie sur les principes de la pédagogie active et la confiance dans les ressources propres à chacun. Elle prône un apprentissage à partir du réel et du libre choix des activités. Les différents pédagogues de ce mouvement expriment de diverses manières cette nécessité de favoriser l'expérience personnelle : pour John Dewey, on apprend en faisant (« Learning by doing »), Freinet lui fait écho en parlant de (« tâtonnement expérimental »). Decroly estime qu'il faut partir (« des centres d'intérêts »),
Cependant, l'éducation nouvelle ne se limite pas à un enseignement par des méthodes actives venant se substituer à l'enseignement magistral. Elle estime que l'éducation ne peut isoler l'enseignement des matières académiques des autres champs de l'éducatif, et attache une importance égale à tous les domaines : intellectuels, artistiques, mais également physiques, manuels et sociaux. C'est une éducation globale, où est important le milieu de vie élaboré par l'école.
L'apprentissage de la vie sociale est essentiel : depuis le « self-government »de Summerhill aux conseils coopératifs de la pédagogie institutionnelle, le respect de l'enfant implique qu'il soit partie prenante des règlements qui régissent sa vie.
Cette pédagogie a été historiquement expérimentée dans des lieux où les enfants vivaient en permanence : orphelinats ou internats. Adolphe Ferrière estimait en 1919 qu'une école nouvelle était nécessairement un internat situé à la campagne. La mixité y était également considérée comme un point indispensable.
De nos jours, pour atteindre ces mêmes objectifs, elle associe étroitement les parents à la vie de l'école.
L'éducation nouvelle s'inspire d'une longue tradition de pédagogues depuis les humanistes de
Elle fut influencée par les théories de Rousseau, dans son Émile ou De l'éducation, théories qui furent mises en pratique par Pestalozzi.
On considère cependant que l'éducation nouvelle naît sous sa forme actuelle au tout début du XXe siècle.
Ce mouvement, de caractère international, est marqué dès 1889 par l'ouverture de l'École d'Abbotsholme, en Angleterre. Son fondateur, Cecil Reddie, remet en cause l'esprit de compétition permanente dans lequel sont formés les élites britanniques. Elle est suivie quelques années plus tard par celle de l'école de Bedales, qui pose le principe de la coéducation des deux sexes : c'est la première école mixte britannique.
En France, Edmond Demolins s'inspire de ces écoles pour fonder en
Ces écoles sont des internats à la campagne qui ont pour point commun de s'adresser à une élite. Elles seront néanmoins des lieux expérimentaux que visiteront et dont s'inspireront nombre de précurseurs.
D'autres expérimentent les idées libertaires dans leurs fondations et orphelinats.
En France, Paul Robin mène tout d'abord l'expérience de Cempuis de 1880 à 1894, puis Sébastien Faure crée en 1904
En Pologne, Janusz Korczak crée en 1912 son premier orphelinat « Dom Sierot » organisé en république d’enfants.
Dès cette époque, ces expérimentations s'appuient sur les travaux de médecins et de psychologues qui cherchent à appliquer les découvertes de la science à l'éducation. Aux États-Unis, John Dewey ouvre en 1896 un laboratoire d'études sur la psychologie appliquée pour mieux comprendre la pédagogie, science appliquée de la psychologie.
En Italie, Maria Montessori crée la première Casa dei bambini en 1907, tandis que la première école Ovide Decroly est ouverte en Belgique. En Suisse, Edouard Claparède, médecin et psychologue, crée en 1912, à Genève l'Institut Jean-Jacques Rousseau, école des sciences de l'éducation.
« Il avait semblé alors que pour assurer au monde un avenir de paix, rien ne pouvait être plus efficace que de développer dans les jeunes générations le respect de la personne humaine par une éducation appropriée. Ainsi pourraient s'épanouir les sentiments de solidarité et de fraternité humaines qui sont aux antipodes de la guerre et de la violence. »
En 1919 commence en Allemagne l'expérience des écoles libertaires de Hambourg, tandis qu'en marge du mouvement, Rudolf Steiner ouvre la première école Waldorf. En
En 1921,
La plupart des personnalités de l'éducation nouvelle participent à ces congrès : Maria Montessori, Roger Cousinet, A.S. Neill etc. Ils publient d'autre part leurs travaux dans la revue de la ligue Pour l'ère nouvelle, qui paraît dès 1922.
Célestin Freinet assiste également à certains de ces congrès;
Après
À la fin des années 1960, ce courant, qui revendique depuis ses origines une prise en compte des travaux en sciences humaines, est fortement influencée par la psychanalyse. Il s'inspire de la psychothérapie pour définir la pédagogie institutionnelle puis de la « dynamique des groupes restreints », et la « non-directivité » de Carl Rogers.
Dans les années
Sans renier l'intérêt global des théories psychanalytiques, elles sont en général considérées au XXIe siècle comme relativement orthogonales à l'acte d'éducation, ou tout au moins comme nécessitant une bonne dose d'humilité dans leur application pratique par les pédagogues. Ces travaux restent cependant l'une des critiques majeures faites à l'éducation nouvelle, l'autre étant l'apparent dédain du mouvement pour les savoirs enseignés.
L'éducation nouvelle, considérant avec méfiance notes et punitions, est fréquemment considérée comme peu efficace dans l'acquisition des savoirs, et privilégiant d'abord l'épanouissement plutôt que la performance.
De récentes études en France montrent cependant un bilan positif pour ce qui est des capacités et des résultats de ces élèves lors de leurs études universitaires et de leur vie professionnelle, tant dans les écoles Freinet que dans les écoles « nouvelles », Montessorri ou Steiner.
Concernant la discipline, une de ces études indique : « Contrairement à ce qu’on entend souvent, j’ai vu une école où chacun est à sa place, sans aucune confusion des rôles : les maîtres ne sont pas les égaux des élèves. Mais cette rigidité à un corollaire : la souplesse, la réactivité, le droit à récupérer ses droits… J’ai aussi été frappé par l’importance du travail : pour apprendre, il faut s’y mettre, il faut s’engager, rien ne vient facilement. Mais chacun est acteur, bénéficiaire et propriétaire de son travail, et c’est de là que viennent la reconnaissance et l’engagement. »
Aux États-Unis, la figure majeure de l'éducation nouvelle est John Dewey, qui insiste sur la place essentielle de l’école dans la formation d’une société démocratique. Il inspira les réformes pédagogiques mises en œuvre dans les années 1900, sous la présidence de Theodore Roosevelt.
En 1957, le lancement de Spoutnik 1 par les Soviétiques provoqua un véritable traumatisme aux États-Unis et une remise en cause du système éducatif progressiste. Un ensemble de réformes de l'école américaine, portant principalement sur le primaire, fut décidé, dont notamment l'abandon de méthodes actives au profit de celle des mathématiques modernes.
L'influence de Dewey demeure néanmoins notable aujourd'hui.
Le Québec bénéficie d'un réseau d'écoles alternatives intégrées au système public dont la première a été l'école Jonathan fondée en 1974.
Depuis 2000, le programme de formation de l'école québécoise base l'enseignement sur l'expérimentation et la pédagogie de projet. Ce programme est mis en place à partir de l'enseignement primaire et doit progressivement s'étendre à tous les cycles.
En France, à
La commission Langevin-Wallon prépare un plan de réforme du système éducatif français en s'appuyant sur les travaux réalisés par le conseil de
Les mouvements pédagogiques se radicalisent, le GFEN (groupe français d’éducation nouvelle) restant proche du communisme tandis que Célestin et Élise Freinet s'en détachent. On aboutit un antagonisme entre des mouvements qui défendent pourtant des théories éducatives similaires. Ce clivage perdure de nos jours en dépit de la création d'un comité de liaison des mouvements pédagogiques en 1985, avec un mouvement Freinet surtout présent dans le primaire, le GFEN plutôt actif au niveau de la formation des enseignants, et les écoles privées ANEN (association nationale pour le développement de l’éducation) ou Montessori tenues à l'écart de ces mouvements.
Certaines pratiques de l'éducation nouvelle ont néanmoins été généralisées, en particulier celles visant à un apprentissage à partir du réel. Classes vertes, travaux manuels comme éducation artistique sont maintenant monnaie courante, surtout dans l'enseignement primaire. La mixité apparaît pour la première fois en 1929 à l'école de Beauvallon qui jouit du double statut de maison de santé et d'école. Elle ne sera officiellement instaurée que dans les années 1960. Par contre, la mise en place d'un temps pour un travail libre personnel, partant des intérêts réels de l'élève, n'est jamais vraiment passée dans les mœurs scolaires, en dépit de la loi Jospin de 1989 plaçant « l'enfant au centre du système ».
En Allemagne la réflexion pédagogique a une longue tradition qui se manifeste par la fondation au XIXe siècle d'Universités pédagogiques (Pädagogische Hochschulen) dans toutes les villes universitaires. C'est dans ce cadre que la pédagogie nouvelle (Reformpädagogik) s'est développée. Les pédagogues qui ont le plus influencé la pédagogie nouvelle en Allemagne sont Georg Kerschensteiner et Maria Montessori. Il convient également de citer l'anthroposophe Rudolf Steiner et ses Waldorfschulen. L'influence de la pédagogie nouvelle s'est particulièrement accrue depuis 2000, date à laquelle différentes évaluations (Programme PISA) « programme international pour le suivi des acquis des élèves » ont révélé un niveau peu performant du système scolaire et universitaire allemands. Il faut signaler les efforts du gouvernement allemand pour relancer une discussion pédagogique dans tous les domaines de la société, notamment en encourageant des journalistes connus à tourner des documentations sur les écoles dans lesquelles les expériences pédagogiques sont les plus prometteuses
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Commentaires (3)
1. patrick françois (Belgique) 05/06/2009
Très bonne synthèse de ce mouvement pédagogique. Claire, pas trop élitiste...
9/10.
Dommage cette surbrillance en vert fluo!
2. ROSELLA31KELLY 16/05/2012
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